ConversationJe vous propose de revenir sur le papier de R. David Lankes, Professeur à l’Université de Syracuse, New York : “Credibility on the Internet: Shifting From Authority to Reliability”[1].

Le chercheur y analyse les raisons pour lesquelles l’individu consomme de plus en plus son contenu informationnel en ligne, mais surtout comment les NTIC et leurs usages ont au cours des années eu un impact sur la crédibilité et la fiabilité de ce contenu. Il y est bien sûr question d’action collaborative en ligne.

Les manifestations de consommation d’information et de services en ligne se multiplient, et ce, touchant tous les secteurs (achats en ligne, recherche d’information en matière de santé, banque en ligne, téléchargement de musique…). Mais malgré l’ampleur du phénomène, la notion de fiabilité reste un frein majeur de migration digitale de l’individu ; le virtuel ne donnant pas toujours une image précise de la réalité. C’est sans doute la raison pour laquelle des décisions d’achat de biens à valeur conséquente ou de biens rares ne s’effectuent pas (encore) en ligne. La standardisation du produit favorise donc l’achat, car la possibilité d’une forte décorrélation entre la promesse virtuelle et le bien réel reste ténue. Mais, sans rester dans ces deux cas de figure caractéristiques, le paradoxe de notre consommation en ligne (biens, services, informations…) est que l’individu gagne en indépendance en perdant le contrôle sur la qualité de son objet de consommation, ce qui le rend, par voie de conséquence, dépendant des informations fournies par la conversation (le capital conversationnel des autres consommateurs).

Théorie de la Conversation

Ces faits constatés, R. David Lankes revient sur les fondamentaux relatifs à la Théorie de la Conversation[2]. La Théorie de la Conversation de Gordon Pask explicite comment le système cognitif fonctionne dans l’apprentissage et la création de la connaissance :

« L'apprentissage et la connaissance sont acquis grâce à l'interaction de deux agents autour des idées émises, les décrivant jusqu'à ce qu'ils parviennent à un accord. Cet accord commun peut alors être utilisé pour développer de nouvelles compréhensions et de nouvelles connaissances. »

En l’occurrence, les agents peuvent être des organisations, des systèmes, des réseaux (sociaux). Et quel meilleur environnement propice au foisonnement d’interactions à grande échelle, permettant la construction de la connaissance et sa crédibilité, que l’Internet ?

Autorité et Crédibilité sur l’Internet

Compte tenu des enseignements que nous apporte la Théorie de la Conversation,  adaptée à un contexte digital, le champ des possibles s’ouvre à l’utilisateur modifiant le paradigme de l’évaluation de la fiabilité de l’information.

La fiabilité  – qui se réfère à la notion de qualité d’une chose ou d’une personne – n’appartient plus tant aux sources d’autorité aux yeux de l’internaute car il préfère diversifier puis synthétiser différentes sources et jugements. Dans ce nouveau paradigme, l’action collective en ligne y a une place de choix de par son approche participative.

Les exemples appuyant ces hypothèses sont multiples, opposant Wikipédia aux éditeurs d’encyclopédies ou les weblogs à la presse traditionnelle en ligne…

Il ne s’agit pas d’un changement radical d’autorité en matière de fiabilité puis de crédibilité de l’information mais plutôt d’une démocratisation sur fond de décentralisation qui peut intervenir dans beaucoup de domaines dès qu’intervient la foule (crowdsourcing, crowdfunding…).

Dès 2001, Larry Huston, vice-président de Procter & Gamble de R & D Innovation avait fait le pari de cette crédibilité par la foule. En développant la plateforme Connect & Develop, il souhaitait recueillir le savoir de quelques 1,5 million de scientifiques à travers le monde avec une expertise dans les domaines d'intérêt de P & G, contre ses 7500 employés dans sa division R & D qui faisaient autorité.

Alors quid des deux concepts ? Qu’en est-il du rapport de force entre l’autorité et la fiabilité sur l’Internet ?

R. David Lankes tranche :

« Les deux concepts d'autorité et la fiabilité n'ont pas le même statut. Des deux, la fiabilité est un concept beaucoup plus puissant, en ce sens qu’elle peut devenir une autorité et que le manque de fiabilité peut détruire toute autorité… Le vrai pouvoir de la fiabilité est non seulement dans sa capacité à créer son autorité, mais aussi à en détruire d'autres. » Et, l'Internet n'est-il pas le meilleur terrain de jeu permettant de fabuleusement challenger toute autorité?

R. David Lankes sur le pouvoir de la conversation :

Références


[1] “Credibility on the Internet: Shifting From Authority to Reliability” Lankes, R. David (2008). Journal of Documentation 64(5). http://quartz.syr.edu/rdlankes/Publications/Journals/credibilityontheinternet.pdf

[2] Gordon Pask, Conversation Theory, Applications in Education and Epistemology, Elsevier, 1976.